Les Mistral, boulet de la diplomatie française


Cet article du Figaro, concernant les Mistral Vladivostok et Sébastopol a été publié le 5 mai 2015. Entâché d'erreurs et d'approximations factuelles ("caractéristiques particulières destinées à la Russie", "brise-lames"), non sourcé ("certains défendent", "les militaires", "un officier"), prêtant à confusion ("L'hypothèse de l'exportation est quasiment morte"),  n'apportant pas d'informations nouvelles, il a vu une de ses remarques les plus insignifiantes, soulignée par nous, devenir le point de départ d'un inconcevable imbroglio et d'une hallucinante oeuvre de désinformation lancée par la propagande du Kremlin en étroite cordination avec MM Jean-Claude Blanchard et Gauthier Bouchet du Front National de Saint Nazaire. Ce texte a été mis en référence, par des auteurs qui ne l'avaient probablement pas lu, dans de très nombreux textes en de multiples langues. Nous le reprenons ici, en clair, à l'attention de ceux qui souhaiteraient se pencher sur la source d'une mystification d'anthologie en leur offrant la possibilité de comparer le texte original avec l'usage qui en a été fait. Il s'agit d'un témoignage de première importance pour aider à comprendre les mécanismes de la propagande du Kremlin.


Le navire de guerre de la marine française Sébastopol, le 16 mars, à Saint-Nazaire. GEORGES GOBET/AFP


Les deux navires, qui coûtent cher et que la France ne peut vendre à Moscou, continuent d'empoisonner nos relations extérieures.


L'affaire des Mistral? Une «boule de pus qu'on risque de traîner encore longtemps», prévient un responsable français. Après avoir empoisonné la diplomatie pendant des années, la vente controversée de deux porte-hélicoptères français à la Russie a été classée par François Hollande, contraint de renoncer à ce contrat de 1,2 milliard d'euros en raison de la guerre menée par Moscou et ses alliés séparatistes à l'est de l'Ukraine. «L'hypothèse de l'exportation est quasiment morte», confirme une source proche du dossier. Mais quelle que soit l'issue du conflit qui se joue chez le grand voisin de la Russie, le sujet va continuer de peser sur l'armée et le pouvoir politique français.

Que faire, en effet, de ces deux joyaux de la marine française, le Vladivostok et le Sébastopol, spécialement construits dans les chantiers de Saint-Nazaire pour l'armée russe, et pour lesquels Moscou a déjà payé 890 millions d'euros à l'État français? Si le principe du remboursement à la Russie est acquis, le destin des Mistral est devenu un véritable casse-tête. Parmi les principales hypothèses envisagées à Paris, certains défendent la destruction des navires. Il s'agirait de démanteler les deux BPC, ou même de les couler en haute mer, une solution qui avait été brièvement évoquée pour sceller le destin du Clemenceau, porte-avions français arrivé en fin de vie. Cette première option est de loin la plus économique. Mais aussi la plus choquante. «Ne serait-ce que par égard aux ouvriers de Saint-Nazaire qui ont construit les navires, ce serait impensable», affirme un responsable militaire.

L'intégration des deux bâtiments dans la marine nationale, au moment où Paris donne justement un peu d'oxygène à son budget de la défense, ne paraît guère plus probable. Construits avec des caractéristiques particulières destinées à la Russie, comme leur compétence de brise-lames, le Vladivostoket le Sébastopoldevraient être remis au standard français s'ils voulaient intégrer la marine nationale. Mais l'opération de «décontamination» de la partie russe, comme disent les militaires, le fait de «franciser» le bateau, coûterait plusieurs centaines de millions d'euros.

L'hypothèse privilégiée par les responsables français est donc de trouver un nouvel acquéreur pour les deux Mistral. Parmi les candidats potentiels figurent le Canada, un pays du nord et l'Égypte, un gros acheteur. Un officier français regrette cependant l'absence «d'élan étatique». «Quelle que soit la solution retenue, elle coûtera cher. Personne n'a intérêt à accélérer les choses. Tout le monde se refile la patate chaude. Résultat: c'est encore la marine qui trinque», déplore un officier. Et en attendant, l'addition augmente, nourrie par les importants frais d'entretien et de gardiennage des Mistral.

Dans cette affaire, côté français, l'argent est le nerf de la guerre. Le délai de «force majeure» invoqué par François Hollande pour justifier le report de la livraison des bateaux expire le 16 mai. Au-delà, la partie russe se réserve le droit de réclamer à la France, en plus du remboursement des navires, des frais de pénalités, voire d'exiger des dommages et intérêts. À moins que Paris adopte une attitude conciliante vis-à-vis de la crise ukrainienne. «Si tu m'aides, il n'y aura pas de pénalités. Dans le cas contraire, on appliquera le contrat à la lettre», aurait dit en substance Vladimir Poutine à François Hollande, et ce dès leur rencontre du 6 décembre 2014 à Moscou. Depuis, l'Élysée fait tout pour trouver un compromis avec Moscou et résoudre le problème «à l'amiable».

Le chantage exercé par Vladimir Poutine comme l'absence de pénalités expliquent, selon des diplomates, la relative compréhension de François Hollande à l'égard de Moscou dans le dossier ukrainien. Les propos du président français, qui insiste sur les progrès des accords de Minsk 2 et se félicite du retrait des armes lourdes, tranche avec celle des responsables américains, qui s'inquiètent au contraire des violations de la partie russe et redoutent une prochaine offensive contre la ville de Marioupol. Citant des responsables américains, le Wall Street Journal fait ainsi état de 14.000 militaires russes à la frontière ukrainienne.

Pendant que le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, dénonce le réarmement russe, le dossier des Mistral «roupille tranquillement à l'ombre des négociations», regrette un officier. Mais les pourparlers, reconnaît un diplomate, sont «difficiles» et avancent lentement. Le temps n'est pas encore venu où la diplomatie française, qui affirme son indépendance vis-à-vis des crises syrienne et iranienne, pourra s'affranchir de ce dossier qui lui lie les mains.

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